jeudi 8 septembre 2022

Paula HAWKINS – Au bord de l'eau – Editions Sonatine - 2017

 

 

L'histoire

Quand Julia apprend la mort de sa sœur Nel, par suicide, elle doit de rendre à Beckford dans le Nord de l'Angleterre. Ce village qu'elle déteste car il lui rappelle des mauvais souvenirs d'enfance, cette sœur qu'elle n'aime pas, toujours cynique, à la réussite parfaite, et sa nièce Lena qu'elle ne connaît pas. Dans le village, il y a quand même une enquête « de routine », mais les mauvaises langues parlent des femmes « suicidées » ou plutôt assassinées. Ca fait le deuxième suicide en moins de 2 mois, et pour un village si tranquille, cela fait beaucoup. Dans cet univers sombre, où chacun se déteste où est la vérité ?


Mon avis

Après le succès de « la fille du train », Paula Hawkins nous emmène dans un village de quelques âmes, entre les ragots des vieilles femmes, et les haines intestines. Sur la structure du roman, la parole est donnée aux principaux protagonistes, tantôt à la première personne du singulier (Je) ou à la troisième personne (il, elle). L'ambiance est pluvieuse comme cette rivière aux tons sombres où l'on périt assez facilement.

Ce polar addictif par son ambiance particulière, avec cette rivière menaçante qui passe sous la demeures familiale, est un vibrant plaidoyer contre les violences et les assassinats de femmes. Bien sur il y a la légende du « bassin de noyées » des sorcières ou des femmes dépressives.

Et puis il y a ses trois femmes dans la tourmente. Nel l'aînée qui a fait de sa sœur, sa souffre -douleur travaillait sur un livre sur ces femmes noyées. Photographe de renom, très belle femme, ayant racheté la maison familiale, Nel ne se soucie pas des commérages, vit sa vie de femme riche, manipulatrice ambitieuse. Sa fille Léna lui ressemble en tout point. Adolescente rebelle, qui fume, boit, et ignore le monde, elle est dévastée par la perte de cette mère admirée et quelques mois plus tôt, le suicide de son amie Katie qui vit une histoire d'amour sécrète. Et puis il y a Julia, qui se fait appeler Jule, tant elle rejette son enfance et son adolescence car elle était obèse, méprisée par la sœur aînée, moquée par ses camarades de classes. Avant de comprendre que malentendus sur malentendus n'ont fait qu'aggraver les choses entre les deux sœurs, elle va devoir apprendre à aimer cette sœur devenue absente et s'occuper de cette nièce qui semble la mépriser.

Mais à cela s’entremêle les voix de la mère de Katie, femme aigrie qui ne cherche pas à faire son deuil, celle de Nikkie la vieille dame « folle » du village mais qui sait ce qu'elle ne devrait pas savoir, celle de Laurène la directrice de l'école rigide et froide , tant son couple bas de l'aile et enfin celle d'Erin la policière qui a les pieds sur terre et qui va résoudre l'enquête.

Les hommes eux sont des lâches. Ils sont bouffi par leur orgueil, leurs préjugés, voire pire. Jusqu'au rebondissement du tout dernier chapitre, ces messieurs ne sont en rien des gentlemen, et vivent dans un temps révolu.

Un polar grinçant qui dénoue aussi bien les secrets de famille, que les intrigues d'une petite ville où il n'y a rien faire, à part en été profiter de cette étrange rivière. Et puis il y a la rivalité entre sœurs, un thème délicat qui pourrait nous faire penser à une Jane Austen du 21ième siècle. A lire.


Extraits :

  • Putain, que c'est bizarre, comme endroit, Beckford. C'est beau, d'une beauté à couper le souffle, par certains côtés, mais c'est vraiment trop bizarre. On dirait un lieu à part, complètement déconnecté de ce qu'il y a autour. Évidemment, autour, il n'y a rien à des kilomètres à la ronde - il faut faire plusieurs heures de route pour atteindre la civilisation. Et encore, si on considère Newcastle comme la civilisation, ce qui n'est pas forcément mon cas. Beckford est donc un endroit bizarre rempli de gens bizarres, avec une histoire bizarre. Et au milieu, il y a une rivière, et c'est cette rivière qui est le plus étrange, parce qu'on a l'impression que de quelque côté qu'on se tourne, qu'elle que soit la direction vers laquelle on se dirige, on finit toujours par tomber dessus.

  • A présent qu'il regardait sa belle-fille, il était convaincu d'avoir fait le bon choix pour son fils, car Helen était modeste, intelligente, et elle n'avait que faire des commérages et autres potins mondains auxquels la majorité des femmes semble vouer une véritable passion.Elle ne perdait pas son temps non plus à regarder la télévision ou à lire des romans. Non, elle était souriante et de bonne compagnie.

  • Quand tu étais petite, tu étais obsédée par cette fille. Moi, je détestais cette histoire, trop triste et trop cruelle, mais tu demandais sans cesse à l'entendre à nouveau. Tu voulais entendre comment Libby, encore une enfant à l'époque, avait pu se retrouver amenée jusqu'à l'eau, accusée de sorcellerie [fin XVIIe siècle]. Pourquoi ? je demandais, et notre mère expliquait : Parce que sa tante et elle connaissaient les herbes et les plantes, et qu'elles savaient fabriquer des remèdes. Cela me semblait idiot comme raison, mais les histoires des adultes étaient pleines de pareilles cruautés idiotes : des petits enfants qu'on empêchait de franchir la grille de l'école parce que leur peau n'était pas de la bonne couleur, des gens battus ou tués parce qu'ils vénéraient le mauvais dieu.

  • Il est des personnes qui sont attirées par l’eau, des personnes qui entretiennent avec elle un rapport presque primal. Je crois en faire partie.

  • Les garçons sont arrivés en même temps que les filles, mais ils sont tout de suite allés nager. Ils remontaient sur la berge, se poussaient du haut des rochers, riaient et s'insultaient, se traitaient de pédés. On aurait dit que les choses se passaient toujours de la même façon : les filles s'asseyaient et patientaient pendant que les garçons faisaient les idiots, puis au bout d'un moment ils s'ennuyaient et venaient embêter les filles, et parfois les filles résistaient, parfois non.

  • Le chagrin de Louise était telle la rivière: constant et changeant. Il ondulait, débordait, enflait et baissait, certains jours froid, profond et sombre, d'autres vif et aveuglant. Sa culpabilité aussi était liquide, elle s'insinuait par la moindre fissure chaque fois qu'elle essayait d'y mettre un barrage.

  • C'est comme quand un homme à une aventure : pourquoi son épouse se met-elle à détester l'autre femme ? Pourquoi elle ne déteste pas son mari, plutôt ? C'est lui qui l'a trompée, c'est lui qui avait promis de l'aimer et de la protéger et tout et tout pour le restant de ses jours. Alors pourquoi ce n'est pas lui qui se fait balancer du haut d'une falaise ?

  • J’avais remarqué quelque chose en lui, comme une faiblesse. Une blessure. Il n’y a rien de plus dangereux qu’un homme dans cet état.

  • Je pensais qu'un violeur, c'était un fou furieux. Un homme qui te sautait dessus dans une ruelle sombre en pleine nuit, un homme qui te mettait un couteau sous la gorge. Je ne pensais pas qu'un garçon pouvait faire ça. Pas un lycéen comme Robbie, pas un beau garçon, pas un garçon qui sortait avec la plus jolie fille du coin. Je ne pensais pas que ça pouvait t'arriver chez toi, dans ton salon, je ne pensais pas qu'il t'en parlait après en te demandant si tu avais passé un bon moment. Je me suis dit que j'avais forcément fait quelque chose qu'il ne fallait pas, que je n'avais pas exprimé assez clairement que je ne voulais pas.


Biographie

Paula Hawkins est une écrivaine britannique née en 1972. Elle est née et a grandi à Harare au Zimbabwe. Son père était un professeur d'économie et journaliste pour la finance. Sa famille déménage à Londres en 1989 alors qu'elle a 17 ans. Elle étudie la philosophie, la politique et l'économie à l'Université d'Oxford.Elle écrit des articles sur les affaires pour The Times, tout en écrivant plusieurs articles en indépendant et écrit un livre de conseil financier pour les femmes, "The Money Goddess" (2006).Vers 2009, Hawkins commence sa carrière de romancière en écrivant des fictions romantiques sous le pseudonyme d’Amy Silver.

Elle rencontre le succès commercial avec son roman "La Fille du train" (The Girl on the Train, 2015), un thriller abordant la violence domestique et l'alcoolisme féminin. Il a été un phénomène en librairie et s'est vendu à 11 millions d'exemplaires à travers le monde. Il a été adapté pour le cinéma par Tate Taylor, en 2016, avec Emilie Blunt dans le rôle de Rachel Watson.
Après "La Fille du train", elle publie "Au fond de l'eau" (Into the Water) en 2017, un thriller qui explore les tromperies de la mémoire et toutes les zones dangereuses que le passé peut atteindre.
Paula Hawkins a vécu en France et en Belgique. Elle vit désormais dans le sud de Londres.



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