L'histoire
Odile, mère de 3 enfants, disparaît un jour. Attirée par le ruisseau qui passe près de leur maison, elle s'y coule. Après le chagrin et l'inexpliquée disparition, des éléments étranges se produisent dans la maison que le couple avait acheté en Normandie, et retapée. Une source mystérieuse se met à couler dans la maison et devient inhabitable. Nul ne se doute de la présence de la mère transformée en eaux. La petite dernière surnommée Zizi Cabane, petite dernière chérie et affublée de ce surnom, tradition familiale oblige, ressent un chagrin immense qu'elle ne peut exprimer et qu'elle cache sous son exubérance. L'arrivée de Tante Jeanne et du bienveillant Monsieur Tremble qui prétend être le père biologique d'Odile apportent leur soutien et leurs aides à cette drôle de famille. Et même quand le pire arrive, c'est aussi un libération.
Mon avis
Ce n'est pas un livre mais un conte pour adulte que nous offre Bérengère Cournut, qui cette fois nous raconte un autre voyage.
De plus la couverture du livre est magnifiquement illustrée par Astrid Jourdain, ce qui en fait un bel objet, ce qui est aussi agréable. Une belle fresque qui s'étend sur 4 pages, cela nous change un peu.
Ici tout est onirique. Le roman est raconté par les voix des différents protagonistes, notamment O (Odile, ou l'Eau), cet élément féminin. D'emblée de jeu le lecteur sait où est Odile (prénom aussi du Cygne Blanc dans le plus célèbre des ballets où l'Ophélie d'Hamlet). Puis les voix des enfants, l’aîné aventurier est surnommé Béguin, un beau gosse. Le cadet Chiffon (parce qu'il se servait de chiffons comme doudous) adore la géographie et dessine des cartes imaginaires. La petite Zizi grandi entourée de ses frères et de son père surnommé Ferment, un homme qui n'arrive pas à oublier sa femme, tente de reconstruire sans cesse cette maison qui prend l'eau de partout.
Odile reste là pour veiller sur ces enfants puis elle devient fleuve, océan, puis vent qui se disperse et finit par ne plus exister, tout comme elle s'efface aussi de la mémoire de sa famille. Sans jamais perdre le lecteur, elle passe d'une voix à l'autre, entrecoupé des poèmes/messages d'Odile.
Comment faire face à l'abandon et au deuil ? Peut-être par le biais des contes ou des mythes ? Ici chacun trouve ses réponses, entre poésie, imaginaire, et révèle son tempérament. Ici Mère Nature est à la fois l'amie ou l'ennemie, mais ce livre n'est pas du tout du genre « nature writing ». Un joli conte onirique qui plaira aux gens sensibles aux atmosphères étranges, et qui renouvelle l'art du genre.
Pour adultes qui sont restés de grands enfants. Pas un chef œuvre mais un livre qui vous fait voyager ailleurs, dans le monde mystérieux des sources, des eaux libres et des vents tumultueux.
Galeries photos : les plus beaux tableaux sur l'eau
Extraits :
Oh, oh ! Je ne pleure pas, esquive-t-elle en souriant. J'arrose simplement les pensées que j'ai mises en terre récemment.
Je sais bien que tout ça n'est qu'une Illusion, que je ne devrais pas m'accrocher à cette maison. Mais tant que tu l'habiteras, Odile, même en rêve, je ne pourrai pas la quitter. Alors je fais des plans de sauvegarde, je tente des expériences... Cette source ne me fait plus râler. Je suis à deux doigts de croire qu'elle est une chance. En tout cas, elle m'occupe l'esprit, m'empêche de devenir fou en pensant à toi, à ce que tu es devenue et qu'on ne sait pas.
Je réponds que si on arrive pas à dialoguer avec la petite parcelle qui nous échoit, on ne comprendra jamais rien aux territoires qu'on habite.
Jadis, j’ai dû avoir un lien avec tout ça, ces deux enfants-là et la façon dont, cette nuit, ils hantent le paysage. Mais ce soir, je ne suis qu’un souffle, un vent faible qui enrage de ne pouvoir mieux appeler l’orage
Il faudra que tu sois brave alors, il ne faudra pas le retenir.
Nous débordons tous un jour du lit qui ne peut plus nous contenir.
Oh, Ferment… si tu savais comme je danse là-bas, dans le grand
large et le froid. Comme je t’aime aussi – et comme je m’abreuve
au brouillard de tes nuits…Je prends avec moi les rêves de deux petits, celui de Chiffon, celui de Zizi. Ils sont fous, ces deux-là ! Emplis d’eau et de marais spongieux, habités par des brumes sans mémoire, ils voyagent dans des paysages qui sont comme eux, sans âge ni origine.
Je suis le vent, Jeanne
Et je vous emporte tous
plus loin encore
là où le chagrin et la mort
ne sont plus rien
Biographie :
Née en 1979, Bérengère Courut est correctrice dans la presse et l’édition et écrivaine.Un temps secrétaire du traducteur Pierre Leyris, dont
elle accompagne les œuvres posthumes chez l’éditeur José Corti
(Pour mémoire, 2002 ; La Chambre du traducteur, 2007), elle publie
son premier roman, "L’Écorcobaliseur", en 2008.
Elle
a publié trois livres aux éditions Attila et deux plaquettes de
poésie à L’Oie de Cravan, où elle déploie un univers littéraire
onirique empreint de fantaisie langagière.
Elle est également
auteure de "Palabres" (Attila, 2011), publié sous le
pseudonyme Urbano Moacir Espedite en collaboration avec Nicolas
Tainturier (ils apparaissent en page de couverture comme "traducteurs
du portugnol").
Enfin, elle publie en 2016 un roman intitulé
"Née contente à Oraibi" (Éditions Le Tripode) inspiré
d'un voyage qu'elle a fait sur les plateaux de l'Arizona, à la
rencontre de la tribu amérindienne des Hopis.







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