mardi 24 janvier 2023

CHERIE JONES – Et d'un seul bras, la sœur balaie la maison – Calman Lévy - 2021

 

L'histoire

La Barbade, de 1979 à 1984. Le 16 août 1984, Lala jeune femme vivement chichement dans une cabane de pêcheur découvre son bébé de quelques semaines morte. La veille une violente dispute avait éclaté entre elle et son mari, Adan, le bébé est tombé mais semblait aller bien. C'est le début d'une histoire d'amour impossible et de haine. Adan connu pour cambriolages mais jamais arrêté par la police locale a tué le propriétaire d'une maison riche, devant les yeux de sa toute nouvelle épouse, la jolie métisse Myra qui ne s'en remettra jamais. Lala sait peut de choses sur ses origines, sa grand mère Stella l'a élevée en lui cachant une part de la vérité, que l'on découvrira au fil des pages, dans toute une galaxie de femmes et d'hommes maltraités par la vie.



Mon avis

Un premier roman qui me laisse un sentiment mitigé. D'une part parce que c'est rare de lire une auteure des caraïbes anglophones mais surtout parce que ce qu'elle raconte est vraiment d'une tristesse absolue.

Coté face, il y a une île paradisiaque, avec ses somptueuses villas, occupées par des richissimes étrangers, qui ont au moins une bonne, qu'elle soit noire ou blanche mais de ces « petites blanches du peuple, parfois légèrement métissées » qui ne viennent pas de la même classe sociale.

Et puis il y a le quotidien de ces femmes. Souvent mariées trop jeune a un bel homme comme Adan qui a un charisme aussi fou que sa cruauté, exactement ce que fait Lala, n'écoutant pas les conseils de sa grand-mère qui l'étouffe de surprotection mais pas d'amour. Comment donner quelque chose que l'on ne connait pas ? Une jeune femme qui a le rêve commun de toutes les femmes : un gentil mari, un travail, une petite maison et des enfants qui iront à l'école et seront bien élevés. Mais ce n'est pas le cas. Ce n'est jamais le cas. L'époux est gentil au début, puis arrive la première gifle, le premier coup, il va voir ailleurs, revient, semble gentil puis se fâche et c'est l'engrenage des femmes battues qui ont trop peur, face à une police aussi inefficace que corrompue, de porter plainte ou de fuir parce qu'elles n'ont pas d'argent. Il y a bien Tones que Lala connaît depuis longtemps, un surfeur gigolo, qui n'a jamais oser avouer son amour à la jeune fille. Il y a la grand-mère Wilma qui ne fait rien pour protéger sa petite fille depuis que celle-ci est partie, alors que cette femme solide qui a vu passer bien des horreurs dans sa vie (la mère de Lala a été violée par son propre père, le mari de Wilma et a été tuée d'un coup de couteau par son mari ivre et jaloux.

Mira, la jolie métisse, pour échapper a un avenir médiocre séduit et épouse un ruche anglais, celui qu'Adan tue et elle réalise alors combien elle aimait cet homme auquel, malédiction du sort, elle n'a pas pu donner d'enfants et s'enferme dans la solitude et la folie.

En fait, il y a peu d'échappatoires dans ce livre. Une dénonciation brutale du sort des femmes, à travers des chapitres où les principaux protagonistes ont la parole mais toujours relativisée par l'emploi de l'impersonnel (il, elle). Et comme les malheurs s’enchaînent il font oublier quelques jolis moments où la plume de l'écrivaine s'égare mais sans jamais s'émerveiller. C'est peut-être ce manque de nuances, de dosages entre le pire et le manque d'échappatoires poétiques, et aussi quelques redondances, qui me donne ce sentiment mitigé. Mais c'est aussi un terrible courage pour ce premier roman de dire ce que l'on tait, d'affirmer les violences sexistes et la pauvreté.


Extraits :

  • Alors Lala ferme sa bouche et ravale le cri qu’elle a attrapé à Baxter’s Beach comme d’autres attrapent un rhume, et dans sa tête, elle supplie le bébé de ne pas mourir tandis qu’elle pousse et sent les vaisseaux du blanc de ses yeux exploser et lui brouiller la vue.
    Et Lala découvre le troisième fait établi, parce qu’après avoir surmonté la brûlure, la déchirure, l’écartèlement et enfin l’expulsion d’un poids qu’elle porte en elle depuis huit mois, elle se rend compte qu’elle n’entend pas la plainte qui, à la télévision, signale toujours la naissance du bébé. Elle dit : « Infirmière, infirmière ? » parce qu’elle veut qu’on lui assure que tout va bien, que le bébé va bien, mais l’infirmière ne la regarde pas, l’infirmière dégage son poignet qu’a attrapé Lala et ordonne à l’autre infirmière d’appeler le médecin et elle tient entre ses mains une chose qui ne bouge pas. Elle s’empresse de déposer le bébé sur une table éclairée par une lampe, où elle introduit un tube bulbeux dans ses narines, frictionne, compresse et écoute sa poitrine. Lala sait que ce n’est pas bon signe, elle ne veut pas regarder mais elle ne peut pas s’en empêcher et elle prie pour que le bébé vive car elle voit que les infirmières ont déjà baissé les bras et soudain, elle est furieuse contre Adan qui n’est pas là et après ce qui s’est passé, elle est persuadée qu’elle ne pourra plus l’aimer, et peut-être que ce bébé est la seule bonne chose dont Adan est capable, et elle veut que le bébé vive pour pouvoir lui donner tout son amour plutôt que de le donner à Adan.
    Une autre infirmière entre précipitamment dans la salle, suivie d’un très jeune étudiant en médecine, et tous deux se dressent au-dessus de son bébé sur la petite table et le claquent, le palpent et le ponctionnent avec des tubes et des aiguilles jusqu’à ce que Lala entende un petit cri faible. Et ce n’est qu’une fois que Lala se met à geindre de soulagement que l’étudiant demande : « Elle est recousue ? » et l’infirmière qui a aidé à sauver Bébé répond : « Non » et revient vers elle et lui tapote le bras et dit que ça va, qu’ils font tout leur possible.
    Le temps qu’ils terminent, Bébé est encore bleue mais elle respire, et ils l’enlèvent de la petite table blanche pour la montrer brièvement à sa mère avant de l’emmener. La pièce est silencieuse pendant que Lala se fait recoudre et planter des aiguilles et transfuser avec le sang de quelqu’un d’autre. Elle a froid et elle tremble et l’infirmière à la perruque roule en boule la chemise de nuit poisseuse de Wilma, la met dans un sac et prépare la salle pour un autre accouchement. Lala demande s’ils peuvent appeler Wilma pour l’informer que sa Stella a accouché et lui dire de venir, même si elle sait que Wilma ne viendra pas. Alors l’infirmière, pas impressionnée par le fait que Lala appelle sa grand-mère par son prénom mais radoucie à l’idée qu’elle a apparemment réussi à conjurer le sort, répond d’accord mais le bébé n’aura probablement pas droit aux visites dans l’immédiat. Son ton suggère que le bébé ne verra peut-être jamais aucun visiteur.

  • Les gens mentent quand ils décrivent la première claque. Lala sait qu’on ne peut pas faire confiance à une femme qui vous dit d’où la première claque est venue, parce que la première fois qu’on vous bat, si vous êtes vraiment sous le choc, la seule chose dont vous vous souviendrez, c’est de la douleur. Vous ne pouvez pas vous souvenir d’où c’est venu parce que vous ne vous y attendiez pas. Un peu comme les histoires que racontent les hommes comme Adan, qui disent que vous pouvez vous faire tirer dessus sans même vous en rendre compte, car vos sens doivent essayer de déchiffrer les indices laissés par quelque chose que votre cerveau ne comprend toujours pas. Vos yeux voient du sang, vos oreilles entendent le coup de feu, votre nez sent la poudre à canon, vous sentez le goût de la bile, vous sentez un point rouge et humide. En gros, vous avez été touché. La première claque, vous n’en prenez conscience qu’une fois que vos sens ont suffisamment récupéré pour vous transmettre l’information. Une femme qui affirme le contraire est une sorcière qui s’attendait à recevoir une gifle et l’a très probablement cherchée. Une femme comme ça a donc les yeux trop grands ouverts pour être vraiment amoureuse.

  • Comment est-ce qu'on apprend à aimer un homme ? La première fois que tu te poses cette question, c'est que tu viens de te marier. Il y a des jours où les casses d'Adan te payent des habits qui remplacent les affreuses robes que faisait Wilma. Il t'achète des robes en jean jaune fluo et des bottines en daim orange à petits talons aiguilles, des ceintures en cuir cloutées que tu peux porter sur les hanches quand tu sors en boîte pour écouter Alpha 24 et regarder les voyous se trémousser de leur mieux sur la musique de leurs ancêtres, tout en portant leur fortune autour de leur cou. Il y a aussi ces jours où Adan commence à manifester sa capacité à t'enlever ces habits à coups de poings, à déchirer ces robes et à te cogner avec les talons de ces mêmes bottines qu'il t'avait offerte dans une boîte avec un ruban dessus.

  • Si nous devions chercher Lala, et si nous devions la trouver au bord de Baxter’s Beach, les doigts enfouis dans les cheveux d’une inconnue, si nous devions nous approcher d’elle et lui demander si elle connaît le marginal crasseux qui traîne sur la plage, celui à qui nos femmes insulaires adressent des claquements de langue méprisants, celui au souvenir duquel s’accélère la respiration de certaines touristes, nous remarquerions d’abord la façon dont elle garde les yeux rivés sur la tête de sa cliente quand elle demande : « Qui ça ? » comme si elle cherchait délibérément à éviter notre regard. Ses doigts ne ralentiraient pas, non, ils continueraient à tresser les cheveux à une vitesse qui semble à impossible mesurer  dessusdessousdessusdessousdessusdessousdessusdessousdessus…

  • Nous pourrions, en premier lieu, décrire Robert Parris (alis « Tone ») en termes physiques, car son physique – locks couleur rouille mi-longues, taille moyenne, silhouette fine, dessinée et puissante – est ce qui saute d’abord aux yeux de ceux qui le regardent. Nous expliquerions que nous parlons de celui dont les ongles de pied blanchis ont la couleur des vagues, dont la peau est saupoudrée de la fine poussière d’une vie gagnée sur la plage. Nous expliquerions que les cheveux sur sa tête et les poils sur ses mains ont pris la teinte dorée du soleil, si bien que, comme le soleil, nous ne le verrions pas si nous le regardions directement.

  • Que sont les secrets, si ce n’est des choses que l’on veut oublier ? Par conséquent, pourquoi voudrait-on rester ami avec ceux qui s’en souviennent ?

  • Les extrêmes quels qu'ils soient sont mauvais, et les deux extrêmes de la possession - le dénuement et la surabondance - nuisent particulièrement à l'âme. C'est pour cette raison que la mère de Mira Whalem a toujours prôné la modération. Posséder juste assez pour être heureux. Assez pour manger. assez pour boire. Ni plus, ni moins. Chercher à déterminer en quoi consiste cet "assez" a sans doute déjà de quoi occuper toute la vie.

  • La plage pue la mousse croupissante, les algues sargasses et les entrailles en putréfaction de poissons échoués qui pourrissent dans l'air tiédissant. C'est un de ces matins où l'eau a la gueule de bois après une nuit d'insoussiance et a vomi sur la sable avant de tenter de cuver.Les touristes trouvent que marcher le long du rivage relève moins de la balade sur l'étendue de poudre rose représentée sur les magazines que d'un parcours du combattant où il faut éviter les méduses cachées sous les algues, les épines des oursins enlisés dans le sable, les morceaux de bouteilles en verre qui ne sont pas restées assez dans la mer pour être lissés et émoussés par le solei et le sel, transformés ainsi en objets dignes d'une chasse au trésor.

  • Elle ne l’avait pas quitté, bien sûr. Quelle femme irait quitter un homme pour risquer de subir les mêmes choses des mains d’un autre ? La voisine de Wilma ne se réfugiait-elle pas chez elle presque tous les vendredis soir après que son mari était rentré à la maison ? N’avait-elle pas vu, sur des femmes de sa connaissance, les preuves de raclées pires encore que celles qu’elle-même essuyait ? Sa propre mère n’avait-elle pas toléré pareilles corrections ?



Bibliographie

Née en 1974 à la Barbade, Cherie Jones est écrivain, avocate et mère de quatre enfants. Ses nouvelles ont été publiées dans PANK , Cadenza , Eclectica , The Feminist Wire et diffusées sur BBC Radio 4. Elle est boursière du Vermont Studio Center et a obtenu sa maîtrise avec distinction à l'Université Sheffield Hallam, où elle a reçu le Markham Award et le prix AM Heath.
Elle a obtenu un baccalauréat en droit de l'Université des Indes occidentales, à la Barbade, en 1995, un certificat d'éducation juridique de la Hugh Wooding Law School, St Augustine, Trinidad en 1997 et a été admise au Barreau à la Barbade en octobre 1997. Elle travaille toujours comme avocate, en plus de ses écrits. Elle a publié quelques nouvelles puis ce premier roman finaliste du prestigieux Women'sPrize en 2022. Pour la rédaction de son livre, Chérie Jones s'est inspirée d'histoires vraies mais aussi des légendes de son île.

En savoir plus :


En savoir Plus :

Sur le roman


Sur la Barbade


Sur les souterrains de Harrison's cave

Sur la population de la Barbade


Sur la condition féminine

Criminalité à la barbade

Play -list

Photos

Bridgetown, capitale de la Barbade

rue commercante  à Bridgetown

Carnaval de la Barbade

Une plage à la Barbade

Une autre plage

Quartier Sainte Lucie, quartier pauvre de la Barbade

Villa de luxe


Cabane de pêcheur là où vit Lala et Adan

Les grottes souterraines d'Harrisons'Park

Harrisons Park

vendredi 20 janvier 2023

TIFFANY QUAY TISON – Un profond sommeil – Sonatine - 2022

 


L'histoire

White Forest dans le delta du Mississippi, 1976. Un jour d'août, par une chaleur étouffante, les 3 enfants Watkins décident d'aller se baigner dans le lac artificiel de la « carrière », un lieu qui a mauvaise réputation selon une légende de la région. Willet 16 ans, Roberta « Bert » 14 ans et leur petite sœur Pansy 6 ans vont nager. Puis les 2 aînés repèrent des mures dans les bois et partent en oubliant la petite dernière, A leur retour, elle a disparu. Le lac est fouillé, mais on ne retrouve pas le corps de l'enfant. La culpabilité pèse sur les aines. Leur père Earl qui trafique de la fausse monnaie a totalement disparu et est retrouvé mort. La mère se noie dans son chagrin, ne s'alimente presque plus, mais reste convaincue que sa fille tant aimée est vivante quelque part. Les années passent mais Willet et Bert continuent de chercher leur sœur, quelques indices récoltes ici ou là pourraient indiquer qu'elle est en vie tout comme leur père. Mais à fouiller le passé, on risque de découvrir une histoire familiale hors normes.


Mon avis

« South Deep south » écrivait Carson Mc Cullers dans son roman « le cœur est un chasseur solitaire ». Mais Mick, l'enfant solitaire et amoureuse de musique, le double de Mc Cullers n'a rien en commun avec Bert qui raconte son histoire. Certes ce sud, du delta du Mississippi aux Everglades en Floride est moite, chaud mystérieux. Car tout est mystérieux dans ce roman qui frôle avec un onirisme sombre, le genre d'univers qui fait aussi la spécialité des éditions Sonatine.

Bert raconte ses souvenirs, et sa vie entre son frère qu'elle adore Willet, un jeune homme têtu, protecteur mais qui a en lui de la violence, sa mère dépressive qui ne l'a jamais aimée, chouchoutant cette petite dernière arrivée sur le tard. Loretta est persuadée que Pansy est en vie, elle délaisse ses tâches ménagères et les deux ainés qui pourtant prendront soin d'elle. Ce ne sont pas des gens très riches, Willet se met à travailler dans le bâtiment, un secteur qui propose toujours de l'emploi, et Bert renonce à l'Université pour travailler avec sa grand-mère Clem. Cette vieille femme est une guérisseuse mais aussi une sage-femme ou une avorteuse dans un sud encore plongé dans les préjugés (et qui résonne étrangement avec les décisions récentes d'abroger l'IVG aux USA). Les femmes connaissent le savoir de cette grand-mère qui sait beaucoup de choses mais ne dit rien. Elle vit très bien, sans dépenser beaucoup car les femmes lui font confiance et personne n'ira la dénoncer.

Le roman est structuré par alternance : des chapitres où Bert retrace sa vie quotidienne de la disparition tragique de sa sœur jusqu'à la fin du livre, et un ou une narrateur/trice, les épisodes du passé que Bert ignore, et le passé de son père Earl, que l'on dit mort, mais qui ne convainc aucun des 2 adolescents. Car le père a lui aussi mystérieusement disparu tout comme Pansy, .. Mais cela ne perturbe en rien le lecteur qui suit ces deux histoires. On peut aussi noter le thème de la gémellité : Willet et Bert sont presque des jumeaux, tout comme Earl et Fern, Loretta et Pansy, Clem et Ora, Earl et Chester, Willet et Audie, des personnages qui inconsciemment ou pas vivent en duo comme pour échapper à une malédiction.

Bert va découvrir aussi le secret de ses origines, sa filiation qui ne fait pas d'elle une femme à 100% blanche, dans ce sud toujours marqué par la ségrégation. A travers le passé ce sont les démons de l'esclavagisme, de la ségrégation, du mépris des amérindiens (ici les Choctaws) qui refond surface, dans une ambiance tout aussi pesante que mystérieuse. Sans le savoir, Bert part à la recherche de son identité, de ses convictions et son devenir. Un crime odieux a été pertué il y a une trentaine d'années, lorsque la ségrégation et les lois Jim Crow étaient en vigueur. Et cette carrière maudite semble receler un secret, un "monstre" qui avalerait tout. Ici tout comme dans les Everglades (archipel d'iles à l'ouest de la Floride, les légendes, les histoires mystérieuses marquent la vie des habitants.

Sous l'écriture magique de Tiffany Quay Tison, c'est un vibrant hommage aux afro-américains, aux amérindiens et aux femmes dans leur combat pour leur dignité et leur liberté. On notera aussi des très belles pages sur la nature des Everglades où va se perdre Bret qui finira par se sentir chez elle dans son kayak dans les mystérieux labyrinthes des palétuviers.


Extraits :

  • La superstition et les légendes populaires renferment plus de pouvoir que la science et la logique.

  • Nous avions cru ce qu'on nous avait dit de croire. Nous n'allions pas découvrir la vérité à moins d'accepter de faire des trous dans les mensonges

  • J'étais là, aux pays des crocodiles et des alligators, des requins et des raies, des ours noirs et des panthères, et mon plus grand danger prenait les traits d'un raton laveur ivre qui aboyait.

  • Mais ma mémoire était-elle fiable, au fond ? Je me rappelais un monstre dans les bois, et Willet disait que les monstres n’existaient pas. Je me souvenais que maman chouchoutait Pansy, mais maman avait nié avoir jamais fait de favoritisme. Je me rappelais le feu d’artifice, l’odeur de soufre et la soirée d’été parfaite, mais Bubba affirmait que ça ne lui disait rien du tout. Et quoi que je me rappelle, ou quoi que j’imagine, ça ne changeait rien au fait que le corps de papa avait été retrouvé dans ce motel dégueulasse.

  • Peut-être que la créature des bois l’avait emportée. Peut-être qu’elle avait coulé dans les profondeurs, que sa chair s’était liquéfiée. Rien de tout cela ne semblait possible et pourtant elle avait disparu.

  • Ça n'existe pas, les malédictions [...]. Le truc, c'est que quand il arrive un malheur, les gens veulent pouvoir accuser autre chose qu'eux-mêmes.

  • Je ne faisais confiance à personne. J'aimais mon frère, je le respectais, mais je ne lui faisais pas toujours confiance. Comme tout le monde, il avait trop de secrets. Maman, mamie Clem, Willet ; ils me cachaient des choses et se les cachaient entre eux.

  • Maman parlait comme si Pansy allait revenir et que tout redeviendrait comme avant. C’était une illusion. Même si Pansy parvenait à revenir, je savais que rien ne serait comme avant.

  • Je n’arrêtais pas de fourrer mon nez dans les plis doux de son cou. C’était la meilleure odeur que j’aie sentie de ma vie.

  • Il aimait penser qu’il descendait d’une femme assez forte pour découper un morceau de sa propre jambe afin d’en retirer une malédiction.

  • Il ne serait pas venu à l’idée de Junior de se vanter d’avoir un père contrebandier raté et une mère noire et indienne, et il le dit.

  • Aucune femme ne voulait prendre le risque d’avoir un jour des petits-enfants de couleur.

  • Le monde n’était pas un lieu sûr pour les femmes, apprit-il. Le monde n’était tendre envers personne, mais visiblement, les femmes souffraient davantage que les hommes.

  • Je partageais tout avec Pansy, et elle se débrouillait toujours pour avoir plus de tout – plus de dessert, plus d’attention, plus d’amour de notre mère. Même quand maman était agacée par son amie imaginaire, c’était moi qu’elle punissait. L’injustice de la situation couvait en moi et me rongeait comme une maladie.

  • Mamie Clem savait y faire avec les femmes enceintes. Elle connaissait les herbes à leur donner pour atténuer la douleur et les gestes pour accélérer les contractions. Elle savait faire se retourner un bébé qui se présentait par le siège en massant le dos de la mère tout en plaçant en elle une main chaude. Elle savait d’autres trucs, aussi, des trucs plus obscurs.

  • Tout ce qui peut se passer en ce monde s’est déjà produit, nous disait-il. Il n’y a rien de nouveau.

  • Contrairement à Willet, je refusais de rejeter une hypothèse sous prétexte qu’elle semblait abracadabrante. J’avais une étagère pleine de livres racontant des histoires d’hommes changés en crapauds et d’enfants s’avérant plus malins que des sorcières. Le monde réel n’était en rien plus logique que ces histoires.

  • C’était ma poupée, autrefois, mais je ne l’avais jamais aimée. Quelque chose dans les yeux du loup me mettait mal à l’aise. Maintenant, elle me fixait tous les jours, le loup lubrique et l’enfant innocente, le menteur et la victime, réunis dans une seule poupée.

  • Je voulais quelque chose de mieux que l’amour, une chose plus grande, de plus de valeur. Je voulais la vérité.


Bibliographie

Tiffany Quay Tyson est née à Jackson dans le Missisippi. Elle est l'auteur de deux romans dont The Past is Never (un profond sommeil), lauréat du Willie Morris Award for Southern Fiction, du prix Janet Heidinger Kafka, du Mississippi Institute of Arts and Letters Award for Fiction et du Mississippi Author Award. Son premier roman, Three Rivers, a été publié en 2015 et a été finaliste pour le Colorado Book Award et le Mississippi Institute

Tiffany est originaire de Jackson, Mississippi. Après l'université, elle a travaillé pendant un bref passage comme journaliste dans le delta du Mississippi, où elle a reçu le prix Frank Allen du journalisme. Elle est récipiendaire de deux Heartland Emmy Awards, dont un pour avoir écrit pour une émission de télévision publique pour enfants. Elle est membre du corps professoral du Lighthouse Writers Workshop et a reçu le Beacon Award for Teaching Excellence en 2021. Elle vit actuellement à Denver, au Colorado.

Son site : https://www.tiffanyquaytyson.com/

Les éditions Sonatine : https://www.editis.com/maisons/sonatine-editions/ et https://www.lisez.com/sonatine/31


En savoir Plus :

Sur le roman


Sur le delta du Missisippi


Sur les Everglades (Floride)


Sur la population afro-américaine du Missisippi


Sur les Amerindiens du Missisippi

Sur les amérindiens de Foride

Le peule séminole se compose d'anciens esclaves ayant fuit les colonies( vers 1600) et d'indiens de divers tribus réfugiés en Floride



Play List

Je vous laisse écouter les artistes mentionnés ici :


Photos


Marécages du delta

Une maison dans le  delta

Jackson, capitale de l'Etat du Missisippi

Ghost forest, une forêt du delta pleine des légendes


Maison sur pilotis typique des Everglades

Une séminole noire

Dans les canaux des Everglades

Barques des pêcheurs dans les Everglades

Chokopoloskee, le village dans les Everglades où vivront Bert et Willet


Village séminole typique des Everglades

lundi 16 janvier 2023

LEILA MOTTLEY – Arpenter la nuit – Albin Michel 2022

 

L'histoire

Kiara 17 ans vit à Oakland (Californie) et a bien des soucis. Comme le veut son éducation de jeune fille noire, elle a quitté l'école pour s'occuper de sa maison. Sa mère est en prison, son père est décédé et son frère aîné, Marcus, ne fait rien pour l'aider, il passe son temps à chanter du mauvais rap avec ses potes. Et Kiara a une urgence absolue : payer le loyer de l'appartement miteux qu'elle occupe au risque d'être expulsée. Petits boulots, quelques chapardages ne suffisent pas. Personne ne veut donner du travail à une jeune mineure noire. Alors Kaira va arpenter la nuit, se prostituer. Et un jour elle se fait arpenter par une bande de flics ripoux. La prostitution étant illégale, soit elle part en prison (et perd tout) soit elle devient, il faut bien le dire, leur esclave sexuelle. En échangent, ils la payent et la protègent de toute arrestation ou ennui. Mais voilà, un jour, pris de remords, l'un des policiers se suicide et laisse une lettre où il raconte tout et cite son nom. Malgré la peur, soutenue par une avocate et par l'amour, Kiara entrevoit la possibilité d'une nouvelle vie.Inspiré d'une histoire vraie.



Mon avis

Plus d'un million de vente aux USA pour cette nouvelle héroïne qui rejoint les Turtle (Gabriel Tallent – My Absolute Darling), Kya (là où chantent les écrivisses de Délie Owen, Nell et Eva (les deux sœurs Dans la Forêt de Jean Hegland) ou Duchess de Chris Whitaker. Et c'est Leila Mottley, 17 ans seulement qui a écrit ce livre, avec la maîtrise d'une future très grande autrice.

Pour raconter cette histoire, la jeune fille s'est intéressé à un fait divers à San Francisco (dans la baie en face d'Oakland) : une mineure noire prostituée par des policiers, et l'affaire n'a eu aucune suite judiciaire. Elles seraient ainsi plusieurs jeunes filles noires, souvent dans la plus grande précarité à être ainsi exploitée par ceux qui sont supposés les protéger, avec la complicité de l'une justice dévoyée.

Mais elle rend Kiara attachante et unique. Ce que les blancs ne comprennent pas c'est que les jeunes filles noires des quartiers populaires sont éduquées dans l'idée de devenir des bonnes épouses et bonnes mères et surtout tenir coûte que coûte le foyer.

Son père, un homme bon est mort des suites d'un cancer, sa mère est en prison pour infanticide (ce qu'elle nie), une femme égoïste qui passe son temps à se plaindre, ne se soucie pas des deux ados qu'elle a laissé et quand elle sera libérée ne reviendra jamais au foyer. Marcus est un bon à rien. Lui aussi à quitter l'école pour imiter un oncle qui a réussit dans le rap. Fini les promesses de protéger sa petites sœur, Marcus vit chez un pote et passe de temps en temps au foyer mais sans aider sa sœur dont il ignore ce qu'elle fait de ses nuits.

Et puis il y a Trevor, un petit môme de 7ans que Kiara prend sous son aile. La mère de Trev est une droguée, elle quitte son appartement et le petit est livré à lui-même. Et tout l'amour que Kiara n'a pas se déverse sur ce petit qui lui rend bien, en faisant comme elle peut, pour l'accompagner à l'école, le nourrir, le consoler. Lui, il lui apprend à nager dans la piscine délabrée de la résidence, un plaisir aquatique qui vaut mieux que toutes les douches de la salle de bains peu reluisante. Et il y a aussi Alé, la copine de toujours, qui travaille en famille dans un restaurant mexicain et qui dépanne de temps en temps Kiara mais n'approuve pas ses choix, sa propre sœur a disparu, elle aussi se prostituait.

De la prostitution, l'auteur reste pudique, mais nous laisse bien entendre que ce n'est pas une partie de plaisir. Pour s'anesthésier, Kiara boit, pour ne plus sentir ces hommes qui sont sur elles. Elle a aussi l'intelligence de ne pas se droguer, de ne pas devenir alcoolique ou de rentrer dans un réseau maffieux, où les filles sont shootées au crack.

Kiara raconte son histoire, ses peurs, ses espoirs tout simplement, sans pathos, mais avec cette envie de vivre plus que jamais accrochée dans ses tripes, et l'espoir d'un avenir meilleur.

C'est un roman de femmes. Hormis le petit Trevor, ce sont les femmes ici qui s'aident ou pas selon les circonstances. Alé, la meilleure amie, Shauna devenue mère trop jeune, Camila, la prostitué transgenre qui vit comme une reine semble-t-il et tente de prendre en main Kia, la policière qui veut démonter ce système et cette avocate blanche mais ferme qui remet Kiara dans le droit chemin.

A coup sur un livre fort, qui laisse en vous une voix indélébile, et qui dans le contexte actuel des problèmes raciaux aux USA prend toute sa force. Quand en plus on sait que ce roman a été écrit pas une jeune fille de 17 ans, à la maturité émotionnelle, romanesque et politique rares.


Extraits :

  • Le plus souvent je dis que je ne crois en rien, sauf que la façon dont la nuit met des couleurs sur tout me donne envie de croire. Pas à l'au-delà, ni au paradis, ni à aucune de ces conneries. Ça, c'est juste des trucs qui nous font nous sentir mieux par rapport à la mort et moi je n'ai aucune raison de craindre la mort. Je crois simplement que les étoiles pourraient s'aligner et atteindre un autre monde Pas la peine que ce soit un monde meilleur parce que ça, ça n'existe sûrement pas. Je pense que c'est autre chose, un quelque part où les gens marchent un peu différemment. Si ça se trouve, ils parlent en vibrations. Ou alors ils ont tous le même visage, ou pas de visage du tout. Quand j'ai le temps de fixer le ciel, je m'imagine avoir assez de chance pour apercevoir ce quelque chose. Mais je finis toujours par être ramenée sur cette planète.

  • Je crois que ce jour pourrait être celui que j’attendais. Le jour où mon frère va décider de redresser la tête et de réapprendre à tenir plus ou moins le coup dans cette vie. Le jour où il va poser sa tête sur mes genoux et me laisser le bercer. Il pourrait même me prendre la main ou me demander pourquoi j’ai des bleus en travers de la poitrine. Il y a des moments comme ça où j’ai l’impression d’être coincée entre la mère et l’enfant. Où j’ai l’impression d’être nulle part.

  • Camila m’a prise par la main en faisant attention à ne pas m’écorcher la peau avec ses faux ongles en acrylique. Elle nous a appelé une voiture et elle a dit qu’elle me déposerait en allant chez son client. Une fois à bord, elle m’a expliqué ce que je devais faire pour devenir comme elle, où aller, à quelle heure, comment m’habiller, et je me suis dit qu’après tout c’est peut-être là que finissent toutes les filles au bout du rouleau. C’est peut-être là que je trouverais mon fredonnement à moi, là où je pourrais faire résonner mon corps aussi fort que celui de maman.

  • Les jours d’enterrement, c’est l’apogée de nos anciens nous, l’occasion d’organiser nos propres commémorations pour ceux qu’on n’a pas enterrés comme il le fallait.

  • Je ne sais pas si j'ai déjà vu Alé pleurer comma ça et je ne peux pas m’empêcher de m'approcher et d'embrasser sa joue, de goûter son sel en faisant remonter mes lèvres jusqu’au coin de ses yeux. Alé, c'est le fond de l’océan, là où toute la magie reste cachée sous une multitude de couches de ténèbres, d'eau et de sel.

  • Il y a énormément de façons de marcher dans la rue et moi je suis juste une fille recouverte de chair.

  • J’ai un corps et une famille qui a besoin de moi, alors je me suis résignée à faire ce qu’il faut pour nous garder ensemble : je suis allée retrouver la rue et tout son bleu. Je tangue, à moitié marchant, à moitié chancelant. Le long d'International Boulevard. Sans musique et sans Tony. Rien que moi et de la tequila plein l'estomac.

  • Je lui raconte comment le trottoir nous a déchirées en deux et nous a retiré cette partie qui méritait le plus d'être conservée : l'enfant qu'on garde à l'intérieur. La mâchoire en O qui ne supporte même plus de hurler parce que ça aussi, ils nous l'ont pris. Ils nous prennent tout.

  • Maintenant que j'ai couché une fois, je peux le refaire, c'est rien qu'un corps, voilà ce que je me répète.

  • Et moi, je suis toujours là à attendre d'être saisie par un amour capable de mettre l'univers sur pause, un amour qui me retournera de l'intérieur et qui retirera toutes les parties qui sont en train de pourrir en moi. Ou au moins quelque chose qui rendra ma vie supportable et ne sera pas une énième personne qui finira comme les autres par m'abandonner.

  • J'ouvre juste assez la bouche pour que l'air infusé à l'odeur de marée puisse toucher ma langue. J'ai envie d'y goûter, de savoir que la baie existe au-delà de tout ça. Peu importe si tout le reste s'effondre demain, elle, elle sera toujours là et elle aura toujours le goût du sel, de la poussière et du bois des bateaux qui ont transporté trop de corps.

  • Je compose le numéro de téléphone que j'ai promis à Tailleur violet de composer parce qu'il n'y a pas d'alternative quand deux garçons brisés ont besoin de moi et que je n'ai pas assez de mon corps pour leur donner ce qu'il leur faut tout en continuant à respirer. Marsha Fields répond en gazouillant et je commence à parler; je n'ai plus rien d'autre à faire que de laisser les mots s'échapper.

  • Je sais pas, je réponds, même si je le sais. Même si ça semble trop évident, comme une longue route qui ne pouvait pas finir ailleurs qu'ici. Parfois faut faire ce qu'il faut pour les personnes qui ont besoin qu'on le fasse.

  • La différence entre les flics et les mecs de la rue, c'est que les flics aiment transformer ça en jeu. Il attendent avant de me baiser, ils préfèrent me regarder en salivant et chercher un moyen de me terroriser juste assez pour que la peur m'avale et leur laisse un corps digne d'être dominé, des mains qu'ils peuvent coincer derrière ma tête, la peur rien qu'à l'idée de détourner les yeux.

  • A la place, je pense à Marcus, à l'époque où il s'installait sur un bout de trottoir pour essayer de vendre les peintures que je faisais sur du carton. Ça nous rapportait à peine de quoi racheter des couleurs mais au moins on faisait ça ensemble, par choix. Je dois aller lui dire que je ne vais pas pouvoir m'occuper de tous les trucs difficiles à sa place si lui refuse de faire quoi que ce soit pour moi. Lui dire qu'il est temps de lâcher son micro et d'affronter la ville comme je le fais depuis six mois.

  • Tout continue à toucher, à entrer en collision, une salle en bois dans laquelle je me libère comme le ciel ce soir-là quand les étoiles se sont montrées au-dessus de la voie rapide, avant de rentrer dans un appartement qui ne sera plus jamais vraiment le mien. Je n’étais rien qu’une enfant.

  • Je ne prends pas de veste parce que je sais à quel point ça sera étouffant, peu importe la maison, la cabane ou l'entrepôt où aura lieu la fête, et le seul truc pire que le froid, c' est la transpiration causée par une chaleur à laquelle on ne peut pas échapper

  • Les gens ne croient pas en Dieu parce qu’ils ont des preuves, seulement parce qu’ils savent que rien ne peut prouver qu’ils se trompent.

  • Tout lui dire, ça aurait été comme admettre que ma vie se résume désormais à ça, ça aurait été comme m'engager vis-à-vis de la rue. Et se laisser attraper par la rue, ça revient à organiser son propre enterrement. Moi je voulais des lampadaires étincelants et quelques billets au réveil, pas les allées sombres, pas les sirènes. Mais voilà. On finit par se retrouver en plein jour, pile au moment où on s'y attend le moins. La nuit rampe jusqu'à moi quand le soleil est là.

  • Quand j'entends ça, je ne peux pas m'empêcher de m'illuminer, tout mon corps se répand dans un large sourire parce qu'on sait tous les deux (Trevor et Kia) que c'est beaucoup plus que ça, et qu'en même temps c'est aussi simple que ça. Parce qu'on a tous les deux grandi dans le rebond d'une balle, et que notre chute a commencé par un terrain de basket et une grosse raclée. Parce qu'on ne retrouvera jamais ce qu'on a perdu, mais que ce moment-là on peut le voler et le garder pour nous.


Bibliographie

Née en 2002 à Oakland, Leila Mottley est une auteure et poète qui utilise son écriture pour lutter en faveur du changement. Mottley aborde des sujets difficiles dans sa poésie et dans son roman Nightcrawling (Arpenter la nuit) , mettant en lumière les problèmes de violence policière et d'inégalité raciale et sexiste dont elle a été témoin dans sa ville natale. Formée à l'écriture par des enseignants et suivant des ateliers d'écriture (une pratique très répandue aux USA où l'on apprend à structurer, écrire un roman), encouragée par ses professeurs, ses parents et ses amis, la jeune autrice s'est énormément documentée, réussi à rencontrer des travailleuses du sexe et
Finaliste du slam Youth Speaks, Leila Mottley est également lauréate du Scholastic Art and Writing Award et lauréate du prix Oakland Youth Poet Laureate 2018. Elle s'est produite lors des réunions du dialogue culturel de la ville d'Oakland, de la marche des femmes d'Oakland, et d'autres événements. Ses écrits ont été publiés dans Oprah Daily et The New York Times , entre autres publications. Son travail offre un regard perspicace sur les changements qu'elle voit à Oakland et les luttes auxquelles les personnes de couleur sont confrontées dans une ville qui s'embourgeoise rapidement.

En savoir Plus :

Sur le roman


Sur Oakland (Californie)

Oakland se trouve dans la baie en face de San-Francisco. Elle abrite l »université de Berkeley. C'est aussi une des villes les plus peuplées des USA et réputée dangereusen même si la Mairie fait un gros travail de réhabilitation. 32% de la population est Afro-américaine, contre 35% de blancs : de 1920 à 1945, les industries automobiles, l'activité portuaire et la métallurgie ont attiré des noirs venus de Louisiane ou du sud américain pour pourvoir à la main d'oeuvre. Avec la délocalisation des industries, la chute de l'activité portuaire, beaucoup sont repartis mais ceux qui sont restés ont migré et aggrandi la ville au nord et au sud. C'est aussi la ville où fut fondée le BBP (Black Panthers Party).


Sur la criminalité à Oakland


Sur la prostitution des jeunes mineurs noires à Oakland :


Sur les doits civiques à Oakland

Play List parce que Leila Mottley a été élevée au son du jazz et et son roman parle de musique (le père de son héroïne est un percussionniste).Il s'agit de funk and dance.


Photos

Prostitution International Bd

Prostitution International Bd Oakland

Prostituée sur l'International Bd

Résidence North Eastland où vit Kaira

Quartier pauvre Oaland


 
Skarte Park East Oakland (Alé fait du Skate)

Lac Merrit à Oakland pour les sorites le week-end

Kaira graffe depuis ses 13ans. Elle aurait pu faire celui-ci.

Funérarium. Des buffets et les affaires des défunts sont donnés gratuitement. Kaira y va pour se vétir et manger

Quartier chic

Main Street Oakland


Stockon, prison où est enfermée la mère de Kiara